- Tu es excité comme une puce, aujourd'hui,
marmonna Anny en longeant les longs murs blancs de
leur chambre. Ton amoureux ?
- Mon amoureux... soupira Yeardley en
mordillant son long blanc. Anny... Je pars d'ici ! Et justement,
pour mon amoureux comme tu dis...
- Ton amoureux, insista-t-elle. Elle roula des
yeux et soupira. Yeardley... C'est un homme... Un adulte. Et il
doit être marié, et avoir des enfants. Il a
sûrement de grandes responsabilités. Surtout si ce que
tu me dis est vrai... Et puis si c'est vraiment le cas, pourquoi
irais-tu t'acoquiner avec quelqu'un qui tue des êtres humains
?
Yeardley caressa ses joues pâles du
bout de ses doigts ronds et sourit. Elle continua.
- Que tu aimes les hommes, je peux comprendre... Mais que tu
aimes cet homme, je ne comprends pas, pesta-t-elle
en tortillant ses petites mains dorées.
Elle glissa le long de la porte pour
s'arrêter devant la pâle reproduction d'un Monet, ses
boucles rousses dansant sur ses épaules comme de ternes
lueurs dans la nuit.
- Je ne sais pas... murmura Yeardley, en fixant
le plafond. Je ne sais vraiment pas...
Anny se retourna, ses joues rondes comme deux
soleils, rouges de colère :
- Tu ne sais pas quoi ? hurla-t-elle en se
jetant sur lui.
Yeardley tomba en arrière et rougit.
Anny ne l'avait jamais regardé comme ça... Et
là, l'enfant assise sur ses genoux lui souriait tendrement.
Si tendrement...
- Anny...
Les petites lèvres rouges
dessinèrent l'arc-de-cercle parfait d'un sourire, et elle
embrassa chastement la bouche entrouverte de son ami.
- Il ne t'aime pas... Tu entends ? Il ne t'aime pas...
Yeardlay la poussa gentiment et se leva en
epoussetant sa tunique pâle.
- Je m'en fous.
- Ne me laisse pas toute seule, supplia-t-elle
en agitant ses jolies boucles autours de son visage d'ange.
- Viens avec moi !
- Non ! Tu sais très bien que je ne peux pas... Et toi
non plus tu ne peux pas ! Quand admettras-tu que tu es malade ?
Elle se releva, glissant ses petits doigts
dans ces boucles et s'assit sur la petite balancelle, ses genoux
fragiles serrés tendrement.
- Viens t'asseoir à côté de moi,
murmura l'enfant.
- Je suis malade...
- Oui.
- Tu es malade...
Anny sourit avec ravissement, et courut
jusqu'à la porte de la chambre, les jolies dentelles de sa
robe s'agitant selon ses mouvements légers. Elle glissa ses
petits doigts le long de la poignée et se tourna,
malicieusement vers son ami.
- Oui... C'est pour ça qu'il faut que tu restes avec
moi... Nous sommes pareils. Toi et moi.
Yeardley longea le mur et s'arrêta,
immobile. A ce moment-là, la voix crystalline de l'enfant
n'avait plus rien eu d'angélique.
- Nous ne sommes pas pareils, Anny... Dans deux ou trois mois tu
seras soignée... Ta chimio est terminée, tes cheveux
sont redevenus lumineux. Ton teint brille comme avant... Tu ne
seras plus malade...
- Tu n'es pas vraiment malade, non plus, insista
Anny en fronçant les sourcils.
- Non... Moi, je suis un mourrant.
Anny poussa un cri et posa ses deux mains sur
ses petites oreilles en fermant les yeux. Mais Yeardley
continua et hurla plus fort. Tellement fort...
- Tu entends ça ?! Je vais mourrir ? Anny ! Je vais
mourrir ! Et je ne veux pas mourrir ici ! Là ! Avec ce
foutu balcon sur lequel je ne peux même pas aller ! Je ne
veux pas mourrir dans cet endroit qui sent la mort... Je ne veux
pas mourrir ici !
Anny ouvrit ses grands yeux, et se mordit
violement la lèvre. Puis, elle sourit. Silencieusement et
ouvrit la porte.
- Si tu pars... Je le dirai à Max,
murmura-t-elle en jouant de ses longs cils aux
arabesques angéliques.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi, tu veux me garder, ici avec toi ?
Les joues d'Anny s'empourprèrent et
elle tourna la tête vers le grand couloir blanc.
- Ann.
- Ann ?
- Je m'appelle Ann, marmonna la jeune fille en
mordillant son ongle brillant.
- Je sais...
- Ne trouves-tu pas que ça sonne mixte ?
Yeardley la regarda.
- Non... Qu'est-ce que tu racontes ? Il saisit son sac de voyage
dans un geste hésitant. Il ne voulait pas savoir. Je dois y
aller maintenant...
- Ca aussi, tu ne veux pas l'admettre... Elle referma la porte
d'un geste sec et le regarda.
Ses longs caressèrent les boutons de
sa jolie robe parisienne. Elle éclata de rire et continua
:
- Mais tu ne pourras pas toujours...
Yeardley la poussa violement contre le mur et
ouvrit la porte pour partir en courant vers le toit. Yellow
sursauta en le voyant débouler sur la gigantesque terrasse
et hurla.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je... Il réfléchit. Je passai par là et
je suis tombé... soupira Yellow en croisant
et décroisant ses doigts clairs.
- Tu as des mains pour faire l'amour O:
Le jeune homme le dévisagea et
s'approcha de lui, en souriant.
- Je suis l'amour universel ! =D
Yeardley éclata d'un rire franc et
caressa du bout de ses doigts la chair clair de ses lèvres
souriantes.
- Emmene-moi avec toi.
- Ce n'est pas une bonne idée...
- De toute manière, je serais là où toi tu
seras que tu le veuilles ou non ! =)
- Je ne comprends pas...
- Ce soir, alors. Mais j'aurai beaucoup aimé faire le
voyage avec toi.
- Yeardley ?
- Hum ?
- Tu ne me caches rien, n'est-ce pas ?
- Si, je te cache plein de choses ! =D
Yellow roula des yeux et se laissa tomber sur
la pierre glacée.
- Au fait. Qu'est-ce que tu avais ?
- Une folle envie de jouer avec le Diable,
dit-il, malicieusement.
- Ah ah ah ah... --' Sérieusement.
- Un ennui... Yellow, murmura-t-il sur le
ton de la confidence.
Il serra les doigts du démon un peu
plus fort contre son coeur et sourit.
- Oui ?
- Est-ce que c'est vrai ?
- Quoi donc ? O:
- Ce qu'Anny a dit...
Yellow le regarda en fronçant les
sourcils, et caressa ses paumes pâles comme la neige.
- Tu le sais très bien...
- Non, c'est faux. Il lâcha ses mains et pointa son
regard, vers le Golden Gate en souriant. Je t'aime,
vraiment.
- Non... Pas comme ça, lança
Yeardley ses yeux brillants.
- Euh... Yeardley... Je suis un démon.
- Et ?...
- Euh !
- Aurais-tu peur de moi ?
- NON ! Mais... Tu ne comprends pas. Il embrassa sa joue et se
recula. Je suis marié, j'ai des enfants et de grandes
responsabilités. Oublies-moi et va avec. Il hésita un
instant. Ta copine.
- Arrête de lire dans mes pensées.
- Je fais ce que je veux...
- Non, tu fais ce que je veux...
Yellow éclata de rire et murmura :
- Tu te trompe...
- Alors pourquoi es-tu là ?
Un éclat de rire. Le démon
observa la jeune fille dans l'embrasure rouillée. Ses
boucles rousses qui dansaient joyeusement le long de ses
épaules d'or. << Tu vois, il ne t'aime pas. >>
murmura Anny en riant de nouveau. << Il ne t'aime pas.
>> répétait-elle en tournoyant le long de la
rambarde. Yeardley eu un instant, l'envie folle de la pousser mais
blottit ses mains glacées dans les poches fine de sa
combinaison. << Je suis ton amie, moi. >>
continuait-elle en souriant. Le vent glissa le long de ses cuisses
et il rougit, se souvenant de sa tenue. Il n'avait jamais voulu que
son ami le voie ainsi.
- Ne t'inquiète pas, Yeardley... Je serai toujours
là, moi. Je t'aime, moi...
- Mon frère... murmura-t-il au bord de
la nausée. Tu aimes mon frère, Anny... Je ne suis pas
mon frère.
Le démon fut surpris du
caractère de la jeune fille. La clarté de ses yeux
d'émeraudes. Il l'admira. Sa petite silhouette qui dansait
le long du vent tout en rondeur. Elle releva, faisant glisser ses
boucles d'ocres le long de son dos et sourit à Yellow.
- Ann.
- Yellow. Enchanté... marmonna le jeune
homme.
- Restes avec moi, supplia la fillette en
fixant Yeardley.
- Oh c'était pour ça...
- Tu es mon meilleur ami, continua Anny en se serrant contre
lui. Et je t'aime presque, ce qui est déjà beaucoup
plus que cet imbécile !
- Merci pour l'imbécile,
marmonna-t-il... Il sourit à Yeardley et se
releva en riant. Au revoir.
- Vous vous en allez ?
- Oui. Adieux, Yearldey.
Il se laissa tomber le long de la
façade clair et Yeardley hurla :
- A TOUT A L'HEURE !
Anny soupira et pesta :
- Ah ! Yeardley --' J'en ai marre de passer pour la
méchante, pour le rendre jaloux O: En plus, tu as
été très méchant avec moi. JE REMARQUE
! Comment as-tu osé me parler de ton frère --'
Comment as-tu osé ? Ah ! Yeardley...
- Pour la chambre. On est quitte.
- C'était pour me mettre dans mon personnage,
crétin ! CRETIN ! CRETIN ! CRETIN !
- T'en as trop fait, ça m'a fait peur !
- Tu as peur de tout, de toute façon... En plus,
j'allai te montrer mon corps pur et innocent...
Yeardley soupira et dévala les
escaliers. Plus jamais il ne demanderait l'aide d'Anny, en
réalité.
- Gardes ça pour mon frère,
cria-t-il du couloir clair.
- CRETIN !