Yeardley; San Francisco. Annie releva la tête, ses genoux brillants comme deux boules de billard.
- Je t'interdis de sortir, Yeardley !
- Oui, marmonna-t-il en plissant les yeux.
- Bien. Très bien. Annie ! Je compte sur toi pour le surveiller, lança Auth en ouvrant la porte.
- MAIS ! POURQUOI MOI ?!
- Parce que.
Debout, ses longues jambes immobiles, il était comme un courant d'air. Le toit était frais et le Golden Gate brillait comme une gravure dans l'Automne. Yeardley se hissa sur la pointe des pieds, glissant comme une ombre pâle le long des murs et il vit le démon pleurer. << Et ce fut un éclat de rire >> Yeardley n'obéissait jamais à Marianne.
Nathan; Cland.<< Parfois. Quand Thibault marchait dans les rues sales du Bronx, on avait l’impression qu’il naviguait sur une rive que personne ne connaissait. Dans ces moments-là, il me racontait que dans ses yeux les poubelles en flamme étaient comme trois énormes batteries lumineuses qui battaient sur le rythme de son cœur, que le clochard au bout de la rue était le garçon de la liberté qui avait voulu rêvé, que le ciel gris de l’Amérique était la crème chantilly ratée d’une petite attentionnée. Dans le quartier, on disait que Thibault était "autiste", "malade", "fou" même, parfois. Mais en lui parlant, ce jour-là dans ce vieux lavomatique, j’avais commencé à comprendre que Thibault était, en fait, l’une des seules personnes intelligentes de cette planète.
Et un jour,
alors que nous passions devant ce pauvre chien mourrant il avait
ajouté sur un ton qu’il n’avait que très
rarement.
- Mais dans ma tête
Alexis reste toujours Alexis même quand tu me cries dessus
parce que j'ai fait une bêtise. Parce que tu es beau.
>>
Nathan oscilla de la tête. Dans le salon,
il y avait les informations. << Colin
Bouvier >> murmura-t-il en glissant son doigt le
long de l’écriture, reformant d’un plaisir
malsain les lettres un peu effacées par la vieillesse. Il
sourit. << La romance des lavomatiques
>> Ca lui changeait des éternels romans noirs de Yeps.
Le vieux Monsieur Jack roula paresseusement jusqu’à
ses pieds et sur la septième passait un vieux reportage aux
grandes allures fantomatiques. Il éclata de rire et chuchota
dans la prestance de son silence.
- Maman…
Yeps; Cland.
- YEEEEEPS ! Les cookies sont prêts ?! hurla Madame Postits en se relevant sur son siège.
- OUIIII, MAMIE !
- YEEEEEEPS ! Les cookies sont prêts ?!
- OUIIIII, MAMIE !
- YEEEEPS !
- OUI, Mamie ?
- LES COOKIES SONT PRETS ?!
- OUI, ILS SONT PRETS, MAMIE ! è_é
Elle se tourna vers Self, sage silhouette au creux de la fenêtre et lui sourit un peu. Dans la pénombre des rideaux ses yeux brillaient comme deux petites billes ramassées à l'école. Les plus jolies billes de l'école, songea même Self en la regardant d'un sourire muet.
- Elle a un tout petit peu la mémoire qui flanche. Parfois. Rarement, même (:
- YEEEEPS !
- OUI, MAMIE ! è_é
- ILS SONT PRETS CES COOKIES ?!
- Oui, mamie --'
- Alors, oui... Un tout petit peu, ajouta Self en tirant les rideaux.
La réglette
lun 17 sep 2007 19:11